Rééducation périnéale et image du corps après l’accouchement

La rééducation périnéale est presque toujours présentée sous son angle fonctionnel : retrouver la continence, prévenir les fuites, restaurer le tonus musculaire. Sa dimension psycho-corporelle, pourtant tout aussi réelle, est plus rarement abordée alors qu’elle joue un rôle important dans la façon dont les femmes vivent cette période.

Femme et son bébé sur la plage

Reconstruire son image et accepter son corps

Une étude publiée dans la revue Périnatalité en 20221 a mis en évidence un lien entre le bien-être corporel des femmes dans les mois suivant l’accouchement et la qualité du lien affectif précoce avec leur nourrisson. Les mères entretenant un rapport serein avec leur corps présentaient un lien émotionnel de meilleure qualité. Ce résultat souligne à quel point l’image du corps post-partum n’est pas un sujet secondaire. Elle s’inscrit bien au cœur de l’expérience maternelle.


D’autres travaux qualitatifs menés en France2 auprès de jeunes mères décrivent un rapport au corps post-partum marqué par des injonctions esthétiques contradictoires. Entre la norme de la prise de poids pendant la grossesse et la pression sociale du retour à la minceur, beaucoup de femmes oscillent entre deux injonctions contraires, ce qui peut altérer leur féminité perçue et leur rapport à elles-mêmes.

Exemples du diastasis et du périnée

Le diastasis des grands droits, cette séparation des muscles abdominaux qui touche 60% des femmes à six semaines post-partum avant de décliner progressivement à 45% à six mois puis 33% à un an selon une étude norvégienne3 portant sur 300 femmes, en est un exemple concret. Visible, parfois inquiétant pour les patientes qui le découvrent, il cristallise souvent les inquiétudes liées au corps post-partum, alors qu’il évolue généralement favorablement avec une prise en charge adaptée.

Le périnée lui-même, zone intime et largement invisible, est rarement nommé ou évoqué avant l’accouchement. Beaucoup de femmes découvrent son existence fonctionnelle au moment où surviennent des symptômes : fuites, sensation de pesanteur, douleurs. Cette découverte tardive peut renforcer un sentiment de corps étranger à soi-même, dont on ne comprend ni le fonctionnement ni les limites.

Ce que la rééducation peut changer, au-delà du symptôme

Chez INBIOSY, le bilan initial post-partum, effectué par le kinésithérapeute, ne se limite pas à une évaluation musculaire. Il inclut un temps d’écoute sur le vécu de l’accouchement, les inquiétudes corporelles, les questions que la patiente n’a pas toujours osé poser ailleurs. Cette approche vise à accompagner non seulement la fonction périnéale, mais la reconnexion avec un corps qui a beaucoup changé en peu de temps.

Technologies de pointes

Le kinésithérapie peut utiliser en complément de son travail et en fonction de la situation de la patiente des technologies de pointes telles que le biofeedback, le fauteuil de stimulation électromagnétique, la photobiomodulation ou encore la radiofréquence. 

Par exemple, le biofeedback permet de rendre visible sur un écran la contraction périnéale jusque-là imperceptible et joue ici un rôle qui dépasse la seule rééducation musculaire : il peut aider à se réapproprier une zone du corps souvent vécue comme abstraite ou douloureuse.

Cette dimension explique pourquoi une rééducation périnéale bien menée, contribue souvent à une amélioration du rapport au corps qui va au-delà de la simple disparition des symptômes physiques.

Emilie Pescenda, kinésithérapeute spécialisée en pelvi-périnéologie et co-fondatrice d'INBIOSY.

Article rédigé par Emilie Pescenda, kinésithérapeute spécialisée en pelvi-périnéologie et co-fondatrice d’INBIOSY.

Sources

1 : CairnInfo, Image du corps, vécu corporel et bonding chez les femmes dans les six mois suivant l’accouchement

2 : CairnInfo, Devenir mère, une étape corporelle et esthétique

3 : PubMed, Diastasis recti abdominis during pregnancy and 12 months after childbirth: prevalence, risk factors and report of lumbopelvic pain