Contrairement à une idée répandue, la descente d’organes ne survient pas uniquement après l’accouchement. Elle peut débuter dès la grossesse elle-même, sous l’effet conjugué du poids de l’utérus gravide et des modifications hormonales qui assouplissent les tissus de soutien pelvien.
Comprendre ce phénomène permet d’agir tôt, souvent avant même l’apparition de symptômes durables, et de rassurer les futures mères sur le caractère fréquent et le plus souvent réversible de ces manifestations.
Changements dû à la grossesse
Deux mécanismes principaux se conjuguent.
D’une part, l’utérus gravide. Son le poids augmente au fil des trimestres et exerce une pression croissante sur le plancher pelvien.
D’autre part, la relaxine, hormone sécrétée pendant la grossesse et l’allaitement, assouplit les tissus conjonctifs et ligamentaires du bassin afin de préparer l’accouchement. Ce faisant, elle fragilise temporairement le système de soutien pelvien.
Cette combinaison explique qu’un certain relâchement soit, dans une large mesure, physiologique et attendu au cours de la grossesse. Mais également qu’il régresse le plus souvent après la naissance à mesure que l’imprégnation hormonale diminue et que les tissus retrouvent leur tonicité.
Le prolapsus, la grossesse et le mode d’accouchement
Des examens réalisés selon la classification POP-Q montrent que le plancher pelvien se relâche dès la grossesse.
Selon une étude de 2003, le stade mesuré est plus élevé au troisième trimestre qu’au premier, et un prolapsus de stade 2, le plus souvent asymptomatique, est déjà présent chez une part importante des femmes en fin de grossesse. Après l’accouchement, les proportions rapportées dépendent du moment de l’examen.
En effet, un prolapsus de stade 2 ou plus a été observé chez 52 % des femmes six semaines après la naissance, et chez environ deux tiers des primipares examinées entre cinq et vingt-deux semaines1.
Des travaux plus récents datant de 2009 aboutissent à des chiffres plus rassurants, de l’ordre d’un tiers2. L’écart tient surtout au délai écoulé depuis l’accouchement, le soutien pelvien se restaurant peu à peu au cours de la première année.

Le mode d’accouchement joue également un rôle déterminant. Le risque de prolapsus est majoré après un accouchement par voie basse, en particulier instrumental, et augmente avec le nombre d’accouchements. Une étude comparative de 2009 retrouve un prolapsus de stade 2 chez 25 % des femmes n’ayant jamais accouché, contre 69 % après trois accouchements par voie basse ou plus3. A l’inverse, une autre étude souligne que la césarienne n’a pas d’effet significatif sur l’apparition d’un prolapsus4.
D’autres facteurs, comme un bébé de poids élevé, une petite taille maternelle ou une déchirure périnéale importante, viennent moduler ce risque. Améli souligne en effet que la grossesse est une des principales périodes à risque concernant un prolapsus, au côté de l’accouchement5.
Symptôme de pesanteur pelvienne
Pendant la grossesse, les femmes rapportent le plus souvent une sensation de pesanteur pelvienne, parfois une perception de boule vaginale, majorée en fin de journée ou après une station debout prolongée.
En post-partum, ces symptômes peuvent persister quelques semaines à quelques mois. En effet, le corps retrouve progressivement une partie de sa tonicité pelvienne, en particulier lorsqu’une rééducation périnéale est engagée précocement.
Lorsqu’une gêne persiste au-delà de quelques mois, qu’une sensation de boule reste extériorisée ou que des fuites urinaires se prolongent, un avis spécialisé permet d’en préciser l’origine et d’adapter la prise en charge.
Rééducation périnéale et prolapsus
Chez INBIOSY, nous proposons un accompagnement adapté à chaque étape. Pendant la grossesse, des conseils posturaux et un travail doux de conscience périnéale peuvent limiter l’aggravation d’un prolapsus débutant, sans jamais solliciter excessivement une musculature déjà mise à l’épreuve.
En post-partum, la rééducation périnéale est le pilier de la prise en charge, généralement engagée après la consultation post-natale. Elle vise à restaurer progressivement le tonus et la proprioception du plancher pelvien.
L’efficacité de la rééducation périnéale sur les symptômes de prolapsus est établie par l’essai randomisé POPPY (Pelvic Organ Prolapse PhysiotherapY trial)6. Un prolapsus débutant en post-partum, détecté et pris en charge rapidement, peut dans de nombreux cas se résorber spontanément ou nettement s’améliorer.
Trois idées reçues à écarter
1
Une descente d’organes ne condamne pas les grossesses futures. De nombreuses femmes concernées mènent d’autres grossesses sans aggravation notable, à condition d’un suivi périnéal attentif.
2
Elle n’impose pas non plus la césarienne de façon systématique. Le mode d’accouchement se discute au cas par cas avec l’équipe obstétricale, en tenant compte du stade du prolapsus et de l’ensemble du contexte.
3
Enfin, ressentir une pesanteur pendant la grossesse n’annonce pas fatalement un prolapsus durable. Ce relâchement est en grande partie hormonal et régresse le plus souvent après la naissance.
L’essentiel est de ne pas rester seule avec ces symptômes et de bénéficier d’une évaluation, plutôt que de renoncer par avance à une activité ou à un projet de maternité.
Prescripteurs et parcours de soin
INBIOSY accompagne les patientes dès la grossesse et systématiquement en post-partum, en coordination avec les sages-femmes et les gynécologues-obstétriciens. Pour une prise en charge, les prescripteurs prescrivent une ordonnance de kinésithérapie en pelvi-périnéologie. Un compte rendu de bilan périnéal post-natal est transmis au prescripteur pour assurer la continuité du suivi.
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Sources
1 : PubMed. O’Boyle AL et al. The natural history of pelvic organ support in pregnancy. Int Urogynecol J, 2003
2 : PubMed. Sze EHM et al., cité in : Pelvic organ support among primiparous women in the first year after childbirth. Int Urogynecol J, 2009
3 : PubMed. Sze EH, Hobbs G. Relation between vaginal birth and pelvic organ prolapse. Acta Obstet Gynecol Scand, 2009
4 : PubMed. Yeniel AÖ et al. How do delivery mode and parity affect pelvic organ prolapse? Acta Obstet Gynecol Scand, 2013 (OR 1,23 par accouchement vaginal)
5 : Ameli. Prévenir le prolapsus génital
6 : TheLancet. Hagen S et al. Individualised pelvic floor muscle training in women with pelvic organ prolapse (POPPY). Lancet, 2014
